Roger Baudron au Haras de Vrie au Bourgneuf-la-Forêt avec Khali de Vrie

Il y a 30 ans, « Roger la science » décrochait le Graal en remportant le Grand Prix d’Amérique. Après un premier volet dédié à son sacre avec Queila Gédé, puis un second consacré aux grands vainqueurs, le Mayennais vous livre son pronostic dans le 98ème championnat du monde des trotteurs.

« Il m’est plus facile de prédire le passé », s’amuse-t-il en introduction de notre entretien. Son humour pince-sans-rire pourrait presque vous induire en erreur car en réalité, Roger Baudron a déjà sa « short-list » en vue du plus beau quinté de l’année au trot. Et une conviction : Bélina Josselyn sera le cheval à battre.

Roger, quelle est votre favori(te) dans ce Grand Prix d’Amérique 2019 ?

Roger Baudron (RB) : « La jument de Jean-Michel Bazire, Bélina Josselyn (12). Je pense que depuis le début de l’hiver, elle n’a pour ainsi dire pas fait de course. Elle va arriver au summum de sa forme avec un driver lui-même au sommet de son art. Dans ce genre d’épreuve, le fait d’avoir Jean-Michel Bazire à son sulky, c’est déjà un gros plus. « Jean-Mi » sait où il va et sa jument n’a pas eu de combats difficiles. Il a fait tout l’inverse de ce que j’ai fait dans les années 1980 avec Khali de Vrie, en lui donnant des courses dures dans les épreuves préparatoires. Pour moi, il y a « Bélina » et les autres. »

Qui sont les autres, par ordre de préférence ?

RB : « Bold Eagle (18) bien sûr. On n’enterre pas les légendes… Ce n’est plus le même trotteur qu’à 5 et 6 ans et je pense que quelque chose s’est cassé à Solvalla, le jour de sa batterie « record ». Pourtant, c’est à mon sens la plus grosse performance qu’il ait réalisée de sa carrière car même si tout le monde connaît la suite, le cheval  a été tout bonnement magistral. Franck Nivard a repris du moral grâce à son succès dans le Prix de Bourgogne et s’il parvient à lui donner le bon parcours, Bold Eagle peut terrasser n’importe qui sur 200-300 mètres. »

Vous croyez que Bold Eagle est plus fort que Readly Express ?

RB : « Je situe Bold Eagle un cran au-dessus. Readly Express (15) n’a pas eu une année 2018 évidente. Il a eu des courses difficiles et son grand rival en Suède, Propulsion (17), l’a battu à plusieurs reprises (NDLR : deux fois, à Åby dans le Åby Stora Pris, le 11 août, puis à Östersund dans l’UET Trotting Masters Final, le 16 septembre). Dans le même temps, il a relativement peu couru et arrive sur ce meeting avec de la fraîcheur. J’ai franchement du mal à le juger par rapport à sa dernière sortie car il n’a rien montré dans le Grand Prix de Belgique. Sa deuxième place dans le Grand Prix de Bourgogne est plus éclairante et son entourage va l’amener au top pour le jour J. Je le place donc dans mon trio de favoris. »

Qui vient ensuite dans votre sélection ?

RB : « Bird Parker (16), de par sa très grande régularité. Lors du précédent meeting, il avait quand même battu à deux reprises Bold Eagle et même Bélina Josselyn dans le Grand Prix de Paris. Le paradoxe avec Bird Parker, c’est que tout le monde s’en méfie mais que personne ne le voit gagner. S’il part sur la bonne jambe et qu’il n’a pas un mauvais parcours, il sera à l’arrivée, c’est sûr. »

Et pour conclure votre quinté, quel serait votre cinquième choix ?

RB : « Là, ça se complique… (il hésite) Tout va dépendre du scénario de la course. Je serais tenté de mettre Davidson du Pont (4) car il me semble promis à un grand avenir. Cependant je ne pense pas que ce soit un sprinter et il faut une cheval maniable pour gagner le Grand Prix d’Amérique. Or il est encore un peu juste sur ce plan-là et je ne vois pas Franck Ouvrie tenter de prendre la course à sa compte. Il y a au contraire de fortes chances de voir des chevaux entraînés par Sébastien Guarato et Philippe Allaire aux avant-postes en début de parcours. S’il devait y avoir un faux-train et que l’arrivée devait se jouer sur un sprint, je crois qu’un cheval comme Eridan (3), doté d’une accélération foudroyante, est capable de s’immiscer dans la bonne combinaison. »

Avez-vous des regrets ?

RB : « Délia du Pommereux (5) m’a déçu en dernier lieu, raison pour laquelle je ne l’ai pas retenue. Elle était peut-être arrivée à son pic de forme trop tôt. Néanmoins, c’est une jument coriace qui donne toujours le meilleur d’elle-même. J’ai également du mal à cerner le norvégien Looking Superb (1), qui m’a laissé sur ma faim en dernier lieu (NDLR : disqualifié dès le départ, le partenaire d’Alexandre Abrivard a bien travaillé en retrait). Et dans le Prix Ténor de Baune, il domine Davidson du Pontferré, et ne courrait que face à ses camarades de classe. Difficile d’avoir des certitudes le concernant, tout comme Propulsion que l’on a plus revu en France depuis son second accessit dans le Grand Prix de France. Il est extrêmement performant mais le fait qu’il ne se soit pas préparé en France me fait douter. »

Maharajah a pourtant tracé cette voie en gagnant le Grand Prix d’Amérique 2014 sans avoir disputé une épreuve du meeting d’hiver. Le fils de Viking Kronos avait d’ailleurs été battu lors de sa dernière course préparatoire par On Track Piraten, il portait le n°17 et était drivé par Örjan Kihlström. Cela fait beaucoup de similitudes avec Propulsion… Faut-il y voir un signe du destin ?

RB : «  Je ne crois pas trop à ces choses-là. Par contre, ce qui est certain, c’est qu’il y a souvent des surprises dans le Grand Prix d’Amérique. Propulsion (17) a déjà fait ses preuves à Vincennes et il a été malheureux l’an passé. En fin de compte, il n’y aurait rien de surprenant à le voir gagner d’autant qu’il a déjà battu Bélina JosselynBold EagleReadly Express ou encore Bird Parker. De toute façon, celui qui battra « Bélina » aura gagné le Prix d’Amérique. »